Un mini-blog pour perpétuer « Wen-ta »

Written stephane by aamtc on 18 novembre 2013. Posted in Articles, Mini Blog

Wen-ta ou le temps du dialogue et de la discussion

Autrefois, l’enseignement instaurait un véritable moment de dialogue entre le Maître et ses disciples. C’est une longue tradition du Bouddhisme Chan, donc des arts martiaux traditionnels chinois. Ce temps du dialogue s’appelle « Wen-ta », qui se traduit par « question-réponse ».

Il ne s’agissait pas de poser une question sur la compréhension d’une technique, mais d’un véritable moment  pendant lequel le Maître abordait un thème précis de discussion, et le jeu des questions-réponses devait aboutir à une attitude mentale faite de concentration et d’harmonie. Ce temps se concluait parfois par la formulation d’un Kong-an par le Maître, dont le principe est d’interpeller la capacité de réflexion des élèves, non pas de manière classique mais en développant leur compréhension intuitive.

L’art du Kong-an

Un Kong-an est dans le Bouddhisme Chan un énoncé de vérités paradoxales que l’intellect ne peut saisir. Après avoir suscité une grande tension mentale, cet énoncé finit par forcer la pensée au silence. Ce silence intérieur permet alors la manifestation d’un niveau de conscience supérieur (Ju-ting). Un exemple célèbre est : « Au début, les montagnes sont des montagnes. Au milieu, les montagnes ne sont plus des montagnes. A la fin, les montagnes sont à nouveau des montagnes« . Voilà que le silence nous gagne, peut être est ce justement l’occasion de faire le « vide »…

Ju-ting, l’expérience de « l’éveil » et du « vide »

Dans le Bouddhisme Chan (Zen pour les japonais), Ju-ting est l’expérience de « l’éveil », la prise de conscience intuitive, la délivrance. C’est le stade de la vraie connaissance qui libère l’homme de ses illusions et lui fait apparaître la force du « vide » (Wu). Ce travail spirituel est très présent dans les arts martiaux traditionnels car il développe une sorte de sixième sens et il est l’aboutissement ultime pour celui que chemine sur la Voie (Tao). Dans un combat, il est indispensable de faire le vide car un esprit perturbé, un trouble même momentané, peut amener la défaite.

Le concept Taoïste « Wu »

« Wu » a plusieurs significations. Parmi celles-ci on retrouve un élément essentiel du Taoïsme avec la notion de  « vide », « non-forme », un concept que l’on retrouve également dans Wu-wei (« non agir ») et qui remonte à Lao-zi (Lao Tseu 570-490 av JC). L’efficacité réside en effet dans le vide. Nous reviendrons sur cette notion fondamentale de Wu-wei, mais en attendant voici les explications de Lin Yutang (écrivain 1895-1976) : « c’est l’art de maîtriser les circonstances sans leur opposer de résistance ; le principe d’esquiver une force qui vient sur vous en sorte qu’elle ne puisse vous atteindre. Ainsi, celui qui connaît les lois de la vie jamais ne s’oppose aux événements ; il en change le cours par son acceptation, son intégration, jamais par le refus. Il accepte toutes choses jusqu’à ce que, les ayant assimilées toutes, il parvienne à leur maîtrise parfaite« . Voilà comment le pratiquant d’arts martiaux ne crée jamais le conflit, mais au contraire cherche à y mettre fin. Voilà comment le pratiquant utilise l’esquive et la force de l’adversaire pour la retourner contre son agresseur. Voilà comment le pratiquant recherche la force du « vide » pour parvenir à ses fins.

Il est à présent temps de refermer (momentanément) cette discussion, mais grâce à ce mini-blog, Wen-ta n’en est pas terminé pour autant car vous avez la possibilité de réagir et de poursuivre à tout moment ces discussions sur les sujets que nous vous proposerons régulièrement. Il n’appartient qu’à vous de perpétuer cette tradition ancestrale du « dialogue » en faisant vivre ce mini-blog, et en l’alimentant de vos réactions. A bientôt…

Commentaires (1)

  • Sonia
    1 décembre 2013 à 11 h 28 min |

    Poursuivons et savourons ces réflexions autour de la notion de ne pas opposer de résistance à la Nature. En quoi nager à contre-courant nous éloigne subrepticement du rivage et nous coûte tant.
    J’invite à notre échange l’auteur japonais Eiji Yoshikawa (un Sage me l’a recommandé, merci).
    Ecoutons les paroles de son héros, Musashi, rônin en quête de la Voie sacrée du sabre.

    « Quel idiot j’ai été, s’exclama-t-il à voix haute. J’ai essayé de faire couler l’eau là où je croyais qu’elle devait couler, et de forcer la terre à rester là où je croyais qu’elle devait rester. Mais ça n’a rien donné.
    Quoi d’étonnant à cela?
    L’eau, c’est l’eau et la terre, la terre.
    Je ne puis changer leur nature.
    Ce que je dois faire, c’est apprendre à être un serviteur de l’eau et un protecteur de la terre.
    (…)
    Ce jour-là, il devint le serviteur de la nature. Il cessa de tenter d’imposer sa volonté à la nature et laissa la nature diriger les opérations tout en recherchant des possibilités hors de portée des autres habitants de la plaine. »
    Eiji Yoshikawa, « La parfaite Lumière »

    Je pose ma plume avant qu’elle ne sèche et vous salue

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